Coupe de France de VTT XCO à Marseille - ITW Hugo Drechou

À L’occasion de la première manche de la coupe de France de VTT XCO organisée à Marseille sur le campus de Luminy du 27 au 29 mars, Hugo Drechou, vice-champion de France Elite 2014 et vainqueur du général de la coupe de France nous parle de ses ambitions. Propos recueillis la veille de la compétition.

Comment s’est déroulée ta préparation hivernale et est-ce que tu as modifié des choses par rapport aux autres années ? 

Mon hiver a été plus fructueux que l’an dernier au niveau des résultats (17e des championnats de France de cyclo-cross et champion inter-régional NDLR) mais aussi au niveau des watts car j’ai effectué des entrainements spécifiques en lactique. Je m’explique pour ceux qui ne connaitraient pas, il s’agit de réaliser un effort court avec une récupération totale, du coup l’effort se fait à 200% de tes capacités. Par exemple, sprinter pendant une minute et récupérer ensuite pendant 8 min, avec une récupération totale je peux me faire mal à chaque fois avec la même intensité. À la fin de chaque sprint, je me suis tellement mis minable que je zigzag ou je mets pied à terre. Cela m’a permis de gagner environ vingt watts sur une minute. Je me suis dit après ma coupure en janvier que cette année ça allait bien fonctionner. Mais depuis le début 2015, ça n’allait pas, j’avais fait ma reprise des compétitions tranquillement chez moi et une semaine après il y avait le stage de l’équipe de France à Calpe en Espagne. Clairement, j’étais en retard par rapport à tout le monde, on a fait des test et j’étais dernier du groupe. C’était du à ma coupure et au fait que j’avais repris trop fort par rapport à mon niveau actuel. Les autres pilotes étaient un peu en avance sur moi sur leur préparation et je pense que j’ai puisé dans mes réserves. Là, j’ai commencé à avoir un petit doute, puis je suis rentré chez moi et j’ai revu les bases avec mon entraineur Mickael Bouget (Il entraine également Jean-Christophe Péraud, vice-champion Olympique 2008 et 2e du dernier Tour de France NDLR). Je suis ensuite allé au stage VTT et de nouveau j’étais dans le dur. Je me suis dit  que ça n’était pas grave et que j’allais voir à coupe de Catalogne à Banyoles qui est à côté de chez moi. Cette course je l’avais cochée, du coup c’était un peu mon championnat du monde là-bas (rires). Ça a été une catastrophe car au bout de 300m, j’ai senti que déjà j’étais dans le dur. Mais j’étais en pré-fatigue, pendant toute la semaine qui a précédé j’ai été enrhumé, j’ai forcé sur mon organisme et j’avais du mal à dormir. D’ailleurs avec mon entraineur on a démarré une préparation mentale pour résoudre ces petits soucis. 

Tu étais proche de Julien Absalon dimanche dernier à Barcelone pour la coupe de Catalogne, est-ce que tu t’imagines le battre dans un futur proche ou ça te parait impossible ? 

Et bien justement, je me disais sur le chemin avant Barcelone, c’est fou, je n’ai jamais battu Julien Absalon. Même suite à un problème mécanique je ne l’ai jamais battu en course. Ce n’est pas un complexe avec Julien mais du respect. Il y a des coureurs où je n’hésiterais pas à être limite par exemple pour rentrer dans un sentier ou jouer des coudes. Julien je ne sais pas, il y a plus de respect. Le week-end dernier je me suis dit cette fois peut-être que je vais y arriver. En tout cas, je n’y vais pas en ayant de complexe car si j’y vais dans cet état d’esprit alors le complexe va gonfler, le mental c’est très important. Actuellement, il y a trois générations de coureurs, en fait c’est une pyramide. Il y a en haut Julien, ensuite en dessous Stéphane Tempier et Maxime Marotte et en bas on est quatre et cinq avec Victor Koretzky, Jordan Sarrou, Julien Trarieux, moi et Titouan Carod qui arrive très fort.

Justement il y a beaucoup de monde très performant et on est à un an et demi des Jeux olympiques de Rio, ça va être serré pour les sélections, est-ce que le round d’observation a commencé ou ce n’est pas encore dans les têtes ? 

Clairement oui, on y pense énormément. À Calpe, au stage de l’équipe de France, tout le monde en parlait. Même si un coureur n’est pas spécialement focalisé dessus, on est tellement dans le contexte des Jo que forcément tu es dans le bain. Toute la saison, même si toi tu veux pas y penser, tout le monde va te le rappeler et toutes les compétitions vont être sous l’empreinte des JO. De part le ranking UCI, de part le classement français, de part ton classement en coupe du monde, tout ce qu’on va faire à partir de maintenant, en seconde pensée il y aura les JO.

Miguel Martinez a déclaré la semaine dernière que si cette année se passait bien il ferait tout pour avoir sa sélection, tu en penses quoi ? 

Cela me pose aucun problème car s’il va au JO c’est qu’il a le niveau d’y aller. Je ne me dirais pas qu’il m’a piqué la place et de toute manière je fais confiance au staff, Yvon Vauchez c’est monsieur VTT en France, il a tout vécu. Si ça doit se jouer entre Miguel et moi pour une place et que je ne suis pas retenu, je ne pense pas que je la discuterai. En plus Miguel est beaucoup dans la communication et même s’il disait : ” je suis sûr d’aller au Jo” cela ne me poserait aucun problème, en plus je l’apprécie. Je ne me prends pas la tête pour le moment car on va y voir beaucoup plus clair au cours de la saison parce qu’aujourd’hui il y a environ dix pilotes qui peuvent prétendre à une sélection.

Qu’est-ce qui change en coupe du monde pour toi par rapport à une coupe de France ? 

Pour moi c’est surtout l’handicap de la grille de départ. Je pense qu’on ne se rend pas compte à quel point c’est défavorisant de partir loin. En plus, j’ai un problème depuis deux ans et on l’a identifié avec mon entraineur, c’est que je prends le niveau avec qui je cours. Je vais faire une coupe régionale, celui qui fait deuxième derrière moi je vais dire :”ouaou, il était fort, il m’a fait mal”. Je vais faire un championnat de France et je vais tenir Julien Absalon pendant deux tours. Du coup, c’est mon souci parce que si par exemple en coupe du monde je suis trentième, je vais avoir l’impression d’être à fond et je vais rester dans un faux rythme et je ne vais pas me surpasser mentalement, c’est un défaut à corriger. Quand je suis bien placé je tiens la cadence c’est pour ça que j’essaye toujours de faire des bons départs.

Cela vient de ta pratique du cyclo-cross de partir vite ? On parle souvent des deux disciplines qui serait proches aujourd’hui, au départ pour toi c’est laquelle la plus intense, le cyclo-cross ou le VTT ?

Je dirais largement plus intense en VTT, parce qu’en cyclo-cross le départ pur va durer une minute alors qu’en VTT notamment en coupe du monde, parfois le start-loop va durer 4 à 5 min. A Nove Mesto en République Tchèque, le départ physiquement c’est une folie, tu fais un effort maximal d”entrée et au niveau cardiaque j’atteins ma pointe maximum, environ 190 battements par minute pendant le start-loop. 

Tu passes du temps à analyser les données de ton cardiofréquencemetres après une compétition ? 

Alors je suis quelqu’un qui aime bien le light en course, je cours au poids (rires) et je n’utilise pas mon cardio en compétition mais pour l’entrainement oui toujours. Il y a des coureurs qui s’entrainent aux sensations mais moi j’aime bien regarder les watts. Lors de mes sorties en vélo de route, toutes les deux minutes je regarde le niveau de watts moyen. J’ai un esprit scientifique donc j’aime regarder les données pendant ma sortie et je me lance souvent des défis pendant mes entrainements. Je me mets de plus en plus à Strava également, en VTT j’essaye de faire des KOM (King of mountain NDLR) sur des segments, ça me plaît bien. Donc pour en revenir à la compétition je veux du light, j’ai d’ailleurs optimisé mon VTT au plus léger, il pèse 8.5kg.

Tu utilises quoi comme braquet pour cette saison ? As-tu un réglage particulier pour certains circuits ? 

J’ai le groupe Sram XX1 donc actuellement je suis équipé d’un mono plateau en 34 dents et une cassette en 10-42. J’utiliserai sur certaines courses le 36 dents et d’autres comme au Canada le 32 dents. J’essaye d’optimiser au mieux ma transmission car pour ne pas trop croiser la chaine et perdre en watts, je dois rester sur le milieu de ma cassette le plus souvent possible. J’utiliserai un VTT tout-suspendu le Spark sur des circuits plus techniques mais demain je resterai sur mon Scale semi-rigide. J’ai été surpris du plaisir que j’ai pris avec le Spark, il m’a fait redécouvrir le VTT, je me suis bien amusé avec à l’entrainement. Il m’aide à progresser techniquement car il est plus sécurisant en descente donc je tente plus de choses. 

Tu disais que tu n’es pas encore prêt à ce stade de la saison, c’est pour être prêt au moment de la première coupe du monde ?

C’est un choix et je pense que tout le monde et quand même légèrement en retard à part ceux qui ont déjà beaucoup couru en route, on est tous conscient que c’est fin mai qu’il faut être en forme. Dans mon approche, je pense que je serai quand même en retard à Nove Mesto pour la première manche mais je ne m’inquiète pas. Demain si je fais 10e, là je m’inquièterai.

C’est quoi ton objectif pour demain et pour la saison coupe du monde ? 

Je pense que demain la course va être groupée et que ça va être très intéressant à suivre, du coup les écarts vont être minimes car ça risque de rouler fort. Dans une course comme ça tu peux aussi bien faire deuxième que cinquième. Il y a deux jours je disais à mes coéquipiers que quand on prend le départ des championnats de France avec Julien Absalon on vise le podium. Je suis réaliste, je sais très bien que si on arrive à faire premier ça serait un exploit au contraire de demain où je pense que la première place peut être jouable. Beaucoup de coureurs peuvent s’imaginer gagner et c’est ce qu’il va faire la beauté de la course. En ce qui concerne la coupe du monde, je vise un top dix ou quinze mais en réalité j’en sais rien vu mon dossard encore lointain. Je verrai bien après les premières manches mais je n’ai pas de limite. Si je peux faire mieux ça sera encore plus beau, je veux faire au mieux de mon niveau.

Qu’est-ce que tu penses de l’implantation de ce circuit de la coupe de France au coeur du campus de Luminy ? C’est un bon moyen de rendre plus visible le VTT en France ? 

Oui, je pense que c’est un bon lieu pour la médiatisation du VTT en France, si on peut le développer ici il n’y a pas de problème. On est proche de la ville, le public peut facilement venir, le circuit est bien visuel, c’est un très bel endroit et s’ils veulent pérenniser l’endroit et bien tant mieux. Si la coupe de France se déroule une nouvelle fois ici, je dis : “génial”.

Réaction à chaud juste après la ligne d’arrivée, il termine en 8e position, Titouan Carod remporte la course…

J’étais confiant au début de course, je roulais propre, je roulais dans la roue, je faisais aucun effort, je me suis dit :”là c’est parti pour faire un bon truc” et non finalement début du troisième tour ça commençait à coincer au niveau des jambes alors que le souffle je n’avais pas de problème. Ça a attaqué avec Maxime Marotte et Titouan Carod et derrière on a fait un peu le drapeau avec Jordan Sarrou et moi j’ai perdu place par place, le pire scénario. Le plus dur c’était mentalement en tout cas.

Bruno Donnangricchia

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