CONCERT/ITW/FAKEAR


Le 6 décembre 2014 avait lieu au Cabaret Aléatoire de la Friche de la belle de mai à Marseille la “Nowadays Records Party”. Une soirée spéciale du label pour célébrer la sortie du dernier opus des beatmakers de La Fine EquipeLa Boulangerie 3”. Fakear faisant partie de l’équipe était donc invité, il a donc livré avec sincérité la façon dont il appréhende la musique. Confidences après son set…

Tu étais déjà venu à Marseille ? Comment ça s’est passé pour toi ce soir ? 

Oui, c’est la troisième fois. Les deux premières c’était en mars dernier pour les “Nuits zebrées de Nova” et en septembre dernier pour Marsatac. Pour l’ambiance de ce soir, ben écoute, toujours mieux car pour Marsatac j’avais joué ici aussi et c’était la folie, les gens étaient complètements cinglés et tout quoi, c’était trop cool. Et ce soir c’était encore plus cool parce que c’est pas une festival, c’est vraiment une soirée où on est pas 50 à se partager l’affiche mais on est 5-6 et c’est hyper cool de voir que les gens sont là. Ils réagissent et connaissent le truc en plus la Fine Equipe vient d’ici donc c’est un peu les enfants du pays c’est cool. Ça fait plaisir de voir l’accueil d’une ville d’où tu ne viens pas, ça c’est chanmé. 

Et tu connais un peu Marseille ? Tu as eu l’occasion de te balader dans la ville ? 

Je connais par des potes mais très peu. J’avais visité lors des Nuits Zébrées surtout le quartier de Noailles parce que je trouvais ça trop cool, je ne voulais pas faire le Vieux-Port forcément. En fait, je voulais voir à quoi ressemblait Noailles et c’est un truc aussi hyper populaire et l’ambiance est mortelle. J’ai aussi arpenté en long et en large le Cours Julien, c’est hyper sympa. Marseille c’est trop destroy mais trop charmant. 

Combien de temps as-tu mis à appréhender le pas que tu utilises ? 

Il y a eu une sorte de déclic avec la chanson “Morning in Japan” qui est sortie bien après que je l’ai composée. Je l’ai fait il y a deux ans et demie et c’était un peu le déclic car avant je faisais plus du Hip-Hop. J’étais branché dans la veine de ce que fait justement La Fine Equipe. À la base, je faisais du rock et je chantais juste guitare-voix. J’ai voulu m’y remettre à un moment et vu que je supporte pas ma voix, j’ai enlevé toute ma voix et je me suis dit : “mais qu’est-ce que je peux faire avec cette chanson pourrie où il y a juste la guitare et une basse et du rythme etc”. Du coup, j’ai pris des samples, enfin des voix de quelqu’un d’autre et ça a donné le titre “Morning un Japan”, qui est une chanson pourrie en fait si t’enlève les voix. À ce moment là, je me suis dit : “c’est cool, je me sent hyper bien à faire ça”. Je me suis aussi mis à découvrir des logiciels, voir comment ça marchait et petit à petit je me suis mis à écouter de l’électro. Jai commencé à jouer à Caen puis après sur Paris etc.

Comment te sont venues tes inspirations musicales qui nous emportent directement en orient ? 

Le truc c’est qu’avant “Morning in Japan” j’utilisais des samples Jazz, Soul, Hip Hop des trucs un peu plus traditionnels. Je me sentais un peu enfermé dans ces sonorités parce que ça faisait très connoté direct. Naturellement, je me suis dirigé vers les trucs japonais ou extrême orientaux. C’est hyper connoté mais si tu prends des samples africains ou sud-américain, ça fait un style “world”, des sons Jazz, Soul, nord-américain ça fait Hip-Hop. Par contre, les samples asiatiques ça fait pas grand chose, peut-être un truc un peu “Kawai” ou pas mais si tu te démerde bien ça peut ne pas sonner comme ça. 

Tu as créé ton propre univers en fait…

Ouai ouai, c’est marrant parce que je l’ai fait de manière complètement spontanée. Je l’ai créé avant de jouer et de faire du live. C’est venu en expérimentant des trucs dans ma chambre et au bout d’un moment, me sentant bien avec certains éléments, je me suis dit que j’allais garder ça et je me suis mis là-dedans. Au final, j’utilise dans mes derniers sons des samples d’Afrique, d’Inde, des trucs qui sonnent hyper world. Je me contredis, mais de toute manière j’ai envi de sortir de ce délire un peu world. Aujourd’hui on trouve moins de voix sur mes morceaux mais plus de mélodies, je sais pas deux, trois textures d’univers où il y a deux, trois samples qui se baladent. Ce n’est plus autant marqué ou spontané comme avant, je veux un show hybride de pleins de trucs. 

Est-ce que ça t’attire de faire du featuring ? 

Si justement ce qu’on a fait avec Green T dans les loges c’était cool. Je lui ai dit vas-y j’ai un son, il l’a écouté trois fois et il a posé son texte dessus. Mais j’aimerai bien aller voir comment mélanger deux univers. Au début j’étais un peu frileux avec ça parce que quand tu fais un son t’apportes tes tripes et faire un featuring c’est un peu les mettre sur la table et dire à l’autre : “bon, toi mets les tiennes aussi, qu’est-ce que tu peux apporter ?” J’ai fait un featuring avec Okobo sur mon dernier Ep et c’est le seul pour l’instant. Je ne suis pas du genre à appeler un artiste et lui dire : “c’est chanmé ce que tu fais, j’aimerais bien qu’on fasse un truc ensemble”. Pour moi, il faut se rencontrer, discuter, c’est un feeling que l’artiste soit bon ou pas, c’est pas juste déballer mes tripes juste parce que j’aime l’artiste, il faut que ça match.

Qu’est-ce qu’on entend dans ton titre “La lune rousse ? C’est Mimie Mathy non ? 

Et bien tout le monde me dit ça donc je vais m’y plier maintenant mais à la base quand j’ai fait ce son j’ai pas fait tilt. C’est vraiment quand le titre est sorti que j’ai vu le truc arriver et je me suis dit : “putin, le coup quoi”. C’est marrant parce que quand quelqu’un s’en rend compte et dit : “Mimie Mathy”, après il n’entend plus que ça, alors qu’à la base c’est “nini nanani”, c’est rigolo. C’est pour ça que je vais la jouer en Angleterre parce que eux, ils ne feront jamais le lien (rires). Mais c’est cool, les gens s’approprient le truc.  Ce soir à Marseille, j’ai pas osé le faire, parce que j’ose pas (rires) mais genre quand j’ai fait des gros live par exemple à Toulouse, j’ai pas du tout joué la première partie, j’étais là et ils chantaient, c’est ouf quoi. C’est trop bien parce que comme je parle dans aucune langue, les gens peuvent foutre ce qu’ils veulent dessus. Mais c’est tout nouveau tout ça pour moi quand je parle avec les potes, je me dis : “où j’en suis ?, ça fait un an et demi, ça va trop vite là”

Tu as peur que la notoriété reparte aussi vite qu’elle est arrivée  ?

Non pas du tout. J’ai trop pas peur de ça parce que je voulais pas faire ça à la base. Je voulais être ingénieur du son ou autre et du coup, j’ai pleins de plans B. Le plus important quand un truc comme ça t’arrive c’est de garder tes potes, garder ta vie normale car le jour où ça s’arrête, tu auras toujours ça. Que si tu commences à péter un plomb, profiter de tout ce qu’il t’arrive, comme on peut voir dans les magazines people, ben tu te crames  la gueule et tu n’existes plus. Puis c’est comme les gens qui “like” ma page sur Facebook, j’aime ça, c’est grâce à eux que je suis là mais ces gens, ils ne vont pas venir à mon enterrement, ils ne vont pas être là à mon mariage, ils ne vont pas être attendris lorsque j’aurai des gosses etc. Il y avait une phrase avec mon meilleur pote de toujours ”Superpoze”, on s’était dit qu’il fallait qu’on garde les gens qui nous aiment pour ce qu’on est et pas pour ce qu’on fait. Les gens qui t’aiment pour ce que tu fais c’est mortel en tant que projet mais pas en temps qu’être humain. Du coup, c’est un peu ma philosophie, sans cracher sur le public parce que c’est important et pour moi les gens les plus important c’est ceux qui viennent aux concerts. 

Le titre ”Neptune” ressemble fortement au remix du titre ”You and me” de Disclosure par Flume, c’est volontaire ? 

C’est mal digéré. C’est comme les autres chansons, c’est ultra spontané  et j’ai eu hyper peur de le sortir. Après, tout le monde, les pros, m’ont poussé pour que je le sorte en me disant : “non mais sors le c’est une bombasse ce titre”. Donc je l’ai sorti et les gens ont tilté forcément, il ne sont pas dupe et au final je ne le regrette pas, j’assume que c’est mega influencé. Pourtant, quand tu regardes et que tu décortiques le morceau, le seul truc qui peut y avoir en commun avec le remix de Flume c’est cet espèce de break de refrain qui explose, même si le reste est complètement différent, fait avec des ingrédients différents. Flume j’adore et j’écoute un peu moins maintenant même si j’aime toujours autant. Cet été, j’avais fait pleins de titres dans la lignée de “Neptune”. J’avais fait toutes les autres planètes, Saturne, Jupiter etc. Ça me branche plus aujourd’hui de faire exploser des tracks comme ça. Je croyais que c’est ce qui plaisait aux gens de leur tartiner la gueule de track qui éclatent comme ça mais en fait non, ils attendent que tu les emmènent dans ton propre univers.

Fakear jouera ce mois-ci le 4 avril à Chemille dans le cadre du festival ”Les z’électriques (collection printemps)” et le 25 avril au festival ”Printemps de Bourges”.

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Bruno Donnangricchia en compagnie de Léa Robert et Déborah d’Angelo

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